René Gabriel
Sans Petit Verdot ! Ceux qui ont acheté Palmer 1997, 1998 et 1999 auront reçu, avec la livraison, un tout petit peu de Petit Verdot dans l’assemblage. Rien de tel avec le millésime 2000 : il n’avait tout simplement ni la classe ni la finesse pour trouver sa place dans un assemblage. Pas même dans Alter Ego. Cela dit, ce n’est pas un handicap pour le Grand Vin : le Cabernet avait de très petites baies et des peaux très épaisses, ce qui compensera largement.
01 : Dégustation en barrique (19/20) : rouge cerise foncé-pourpre aux reflets violacés. Bouquet profond d’élevage noble : cassis, mûres, truffe, tabac ; encore fermé, mais avec une matière compacte qui se devine. Une pleine gorgée de Margaux en bouche : rond, opulent, velouté, sur un jeu de fruits rouges, bleus et noirs, à nouveau beaucoup de mûre ; très dense. Les tanins dessinent déjà de belles rondeurs, le fruit est juste mûr sans basculer dans le confit, donnant à ce Palmer une stature classique et une superbe personnalité ; notes de chocolat noir et de mûre dans une finale longue et rémanente. Un vin de tout premier plan, avec des parallèles au millésime 1985, peut-être dans une forme encore plus parfaite. Déjà à l’époque, Palmer et Château Margaux se livraient un duel au coude-à-coude. Sur 1985, aujourd’hui, c’est Palmer qui semble approcher la ligne d’arrivée.
03 : Lors de la grande dégustation Palmer au Brandenberg à Zoug : délicat, complexe, concentré et parfumé ; cerises et cassis. En bouche, une texture fine, avec une présence tannique encore intense mais bien dessinée. (19/20).
16 : pourpre dense, bord éclaircissant. Bouquet chaud, suave et pruné, évoquant les fruits secs, des contours de noix et une touche de pralines sombres. Il se montre étonnamment accessible. Bouche veloutée, tanins arrondis. Seule une acidité pas encore totalement intégrée perturbe l’harmonie parfaite. Il paraît presque mûr et assez charmeur. Dans deux ou trois ans, il atteindra sa maturité de dégustation. (19/20).
19 : la robe est de densité moyenne, avec du grenat et du rubis, et de premiers signes d’évolution sur le bord. Au regard des grandes attentes du millésime, il paraît un peu trop clair. Au final, on ne boit pas la couleur, mais le vin. Dès le carafage, un parfum suave et séduisant s’est largement diffusé. On retrouve des notes épicées boisées, des fruits secs, du cuir fraîchement tanné et du tabac dominicain. Au nez, il se montre ouvert et complet. La bouche donne une impression d’arômes chauds et mûrs. Les tanins paraissent toujours — comme auparavant — un peu farineux, et ce Palmer, en deçà des attentes, finit donc sur une sensation un peu rustique. Le Petit Verdot a été totalement écarté. Ainsi, sur le plan gustatif — pour un Palmer — il apparaît quelque peu atypique. Mes notes oscillaient toujours entre 18 et 19 points. Aujourd’hui, je lui reproche un manque d’harmonie, d’où une notation légèrement revue à la baisse. P.S. Quand j’ai jeté le dépôt, l’odeur rappelait la fumée froide. Il évolue plus vite que d’autres millésimes de Palmer de qualité comparable, parce qu’il n’y a pas de Petit Verdot dans l’assemblage. Or ce cépage apporte de la colonne vertébrale et freine positivement l’évolution du vin en ralentissant l’oxydation. Résultat : ce 2000 est désormais, sans aucun doute, à maturité. Très bien aussi ! (18/20).
21 : grenat moyennement sombre, premiers tons d’évolution sur un bord légèrement éclairci. Le plus beau bouquet de tous les Margaux dégustés ! D’abord complexe, parfumé, sur les fruits rouges. Puis viennent des notes de sureau, de délicates touches de truffe, de café froid et de bois précieux. En bouche, un extrait délicat, des tanins soyeux, finement répartis et magnifiquement étirés. Superbe persistance ! Vraiment bourguignon. Et puisqu’on le compare ici à la Bourgogne, ce pourrait être un Musigny. Ce qui n’était pas rare sur un Palmer arrivé à maturité dans les anciens millésimes. Il s’est très positivement développé ces dernières années. Superbe bouteille ! (19/20).
21 : encore sombre, pourpre soutenu, peu de notes d’évolution. Bouquet aux accents de noix et de cèdre, cigares dominicains, davantage d’épices que de fruit. Texture fine en bouche, sensation de poivre gris moulu sur la langue ; là aussi, une première expression de terroir, finement soulignée. Il paraît à la fois encore assez jeune et, en même temps, il a bien évolué ces dernières années et me plaît de plus en plus. Au départ, j’étais plutôt critique envers ce vin. Le temps passé en bouteille ne guérit manifestement pas seulement les blessures : il peut aussi accomplir de petits miracles. (18/20).