René Gabriel
Malheureusement, la qualité des bouteilles est très inégale. La consolation, c’est qu’il s’agit probablement pour près des deux tiers de très belles mises. Je l’ai souvent bu et j’ai racheté plusieurs fois une caisse. Pour les premières bouteilles, j’ai payé exactement 26,10 francs chez Max Gerstl en 1986 ! En 1991, j’ai noté : il est d’une telle perfection artisanale que j’ose affirmer qu’avec Lafite et Margaux, il fait partie des plus beaux 79. Si l’on prend aussi en considération son rapport qualité-prix et son aptitude au vieillissement, c’est tout simplement le meilleur 79. La meilleure bouteille que j’aie bue, après le 64er Cheval et le 75er Pétrus, valait à mes yeux 19/20. En 1992, une double-magnum : une expérience grandiose lors d’une « soirée grandes bouteilles » chez Seppi Kalberer, au Schlüssel à Mels. Un grand Bordeaux de la belle époque ! La même année, lors d’une dégustation à l’aveugle des 79, il a éclipsé tous les premiers crus de Pauillac : nez riche ; mûres, myrtilles, fumée, truffe, puissante note de terroir. En bouche, cuir, douceur, ensemble fondu avec beaucoup d’extrait ; l’astringence laisse encore entrevoir du potentiel. Un Cabernet de tout premier plan ! Et encore une double-magnum en 1994 : le vin était au mieux juste après le carafage ; ensuite il s’est refermé et, pendant une heure, est resté plutôt sec et rustique. 96 : couleur très profonde avec des reflets juvéniles. Bouquet plein de fruits rouges et noirs, cassis et pruneau ; plénitude complexe, avec en dessous un ton de terroir prometteur. Corps charnu, belle charpente tannins-acidité, note truffée. Un grand GPL, qui compte parmi les meilleurs vins du millésime 1979. 02 : racheté une caisse à 50 francs la bouteille et bu à nouveau à plusieurs reprises. À pleine maturité — et quelle maturité ! 04 : servi à midi, sur un alpage, lors de la dégustation semestrielle des raretés à Spiez. Superbe vin, rond, avec un beau potentiel de plaisir. (18/20). 17 : rouge rubis moyen, montrant une maturité marquée. Bouquet poivré aux fines notes d’iode et de cuir, terreux mais aussi truffé. En bouche, finement charnu, avec des tannins mûrs, exprimant de magnifiques Bordeaux chaleureux et aboutis. Un vin plaisant, qui révèle une grandeur insoupçonnée pour ce millésime pas si simple. C’était le premier millésime sous la nouvelle égide des Borie. Ce merveilleux 1979 reste aujourd’hui encore l’un des meilleurs Bordeaux de cette année-là.