René Gabriel
65 % Cabernet Sauvignon, 33 % Merlot, 2 % Cabernet Franc. 65 % de la récolte sélectionnée pour le Grand Vin. Seulement 33 hl/ha. Pourpre extrêmement sombre avec des reflets violets et violet-noir. Bouquet compact, fruits noirs, cerises noires, mûres, nobles bois sombres, pâte d’olives noires, notes de malt Guinness, jus de poire réduit, pain pumpernickel, réglisse, gousse de vanille ; d’une certaine manière, ce bouquet chaud à chaud rappelle un Amarone, impression renforcée par des raisins de Malagas secs. Si l’on s’attend, à cause de l’opulence et de la lourdeur du nez, à un vin surchargé en bouche, on se trompe plutôt. Cette concentration colossale est maîtrisée royalement par ce Cos, qui conserve une finesse royale au sein d’une ample majesté ; il se termine sur une compote de cerises noires, un moka arabe et une amertume noble de chocolat noir et de malt. Le nectar le plus concentré jamais produit dans la région de Saint-Estèphe. Dans l’ensemble, plus Cos que Saint-Estèphe, et même plus Cos que Bordeaux. C’est donc un candidat à la victoire dans une dégustation à l’aveugle réunissant les meilleurs vins rouges du monde. Dans une dégustation à l’aveugle des meilleurs Bordeaux, il aura moins la tâche facile. Ici, tout dépendra des journalistes. Avec 14,5 % vol., une bombe de puissance qui peut pourtant se vanter d’une certaine finesse. Une sorte de 1982 surdimensionné ! Ou une sorte d’assemblage entre un quart Cos, un quart Quintarelli Amarone, un quart Ridge Monte Bello 2003 et un quart d’un jeune grand Vintage Port. Un vin très controversé ! (20/20). 13 : Violet-noir intense, dense, saturé jusqu’au bord. Nez compact, pruneaux, baies de cassis, tabac du Brésil, beaucoup de café Arabica fraîchement torréfié et des traces d’un Vintage Port demi-sec, coquilles de noix, indiquant une grande profondeur. Bouche pleine, mélancolique, d’une certaine manière à la fois douce et sèche, astringence exigeante, un peu grenue, un plein paquet de chair avec des tanins charpentés, stricts et musclés. L’érotisme précoce habituel d’un Cos n’est pas présent ici, mais les tanins montrent qu’il faudra dix à vingt ans pour qu’apparaisse un vin composé pour un tiers de « vin du monde », un tiers de Saint-Estèphe classique et ancien, et dont le dernier tiers seulement pourrait évoquer aromatiquement Cos. Qui le boit trop tôt sera sûrement déçu. En tout cas, il est controversé. À suivre ! (20/20). 19 : Noir au centre, s’éclaircissant vers l’extérieur avec un reflet violet et des touches légèrement brunâtres. Celles-ci proviennent des peaux de Merlot brûlées. Dès le tout premier regard, on ne peut taire la note partielle d’Amarone. Fumée froide mêlée à des raisins de Corinthe, bakélite et sauce de rôti froide. Où est le fruit ? On ne trouve pas d’aromatique primaire. Mais énormément de notes de fruits secs de toute sorte, et intenses. Par moments, cela sent même un Sauternes sans botrytis, à cause de la douceur nasale et des tons de raisin sec. En bouche, austère, inachevé, avec des tanins cahoteux. Qui cherche une force colossale sera très bien servi avec ce Cos. Les amateurs d’harmonie, eux, passeront leur chemin. Il faut attendre 10 ans pour pouvoir donner une nouvelle projection. Comme déjà en primeur, ce Cos controversé a ses ennemis comme ses amis. Et cela restera probablement ainsi jusqu’à une maturité encore indéfinissable aujourd’hui. Note actuelle : 19/20. 20 : Violet-noir, impénétrable. Le nez commence en réduction, montre des mercaptans et résiste longtemps au contact de l’air. Je lui ai donc d’abord laissé un tour de piste. Ce n’est qu’après un quart d’heure qu’il s’est ouvert. Le cortège aromatique a fortement impressionné : sureau, fumée, pruneaux cuits, raisins de Corinthe, olives noires, réglisse, poivre de Tasmanie. On peut d’une certaine manière tout faire muter dans une catégorie inexistante « double noir ». En bouche, il a changé ces dernières années. Autrefois, l’extrait semblait brûlé ; désormais – du moins pour l’instant – il se présente assez cool. Va-t-il dans une autre direction que prévu ? La concentration est méga et le vin est dans une phase d’évolution telle qu’il vaut mieux le laisser tranquille environ cinq ans. (19/20). 20 : Pourpre soutenu aux reflets noirs. Bouquet extraterrestre, de l’Amarone à Napa, tout y est. Et Bordeaux ? Oui, mais plutôt un Bordeaux qui colle davantage au millésime 2009 qu’à la grande tradition. Poudre de poivre, fumée, raisins de Corinthe et myrtilles confites, cassis et herbes à n’en plus finir. Dans toute cette douceur compotée, on trouve aussi une fraîcheur partielle qui confère au nez de la race et en même temps de l’assurance. Enivrant à l’infini. On ne s’en lasse presque pas. En bouche, il est plus défini et montre la direction que prend désormais le voyage. Astringence puissante, mais sans tanins meurtriers. Réglisse, réglisse et encore réglisse, puis cassis, mûres et malt sombre (Guinness). Finale dramatique. Quand viendra la maturité ? Une partie est perceptible, mais la définition effective va plutôt vers 2030. Ou plus tôt ? Ou plus tard ? Ce Cos extraterrestre est et reste (encore) une énigme d’Estournel. (20/20)